La prière pour nous et pour le monde entier

Nous choisissons de suivre le Christ et Il va choisir à notre place ;

“Revêtez-vous de l'armure complète de Dieu” (Eph. 6,11)

Nos temps commencent à ressembler de plus en plus aux premiers siècles du christianisme. Le paganisme se répand à la vitesse de l'Internet. L'athéisme anti-christique conquiert plus de terrain dans l'esprit collectif. Aussi, les chrétiens ou tout simplement ceux qui veulent mener une vie normale sont plus fortement marginalisés. De plus en plus, la dictature du « politiquement correct » opprime les chrétiens, et la liberté de conscience persécute ceux qui soutiennent que le péché n'est pas une vertu et que ce qui est contre la nature n'est pas l’œuvre du Dieu, mais du diable.

Que pouvons-nous faire seuls, les bras nus, petits et impuissants contre le Mal déchaîné ? Rien,  si ce n’est ce que l'ont fait les chrétiens des premiers siècles après l'Ascension du Christ au ciel. Nous ne pouvons pas faire autre chose que de nous positionner dans une nouvelle perspective, celle de l'éternité, entrant dans l'armée du Christ, Qui a triomphé sur le monde. Car la plus grande illusion des chrétiens dans ce monde est de croire que le combat contre le mal à cessé, que nous ne sommes plus en guerre.

Nous sommes toujours en guerre, une guerre qui n'a pris fin et ne s’arrêtera probablement jamais jusqu'à la fin des temps. C'est une guerre moins évidente pour ceux qui sont friands de spectacles et de divertissements, qui sont préoccupés par toutes sortes de soucis pour le lendemain, de plans pour un avenir sans avenir. Mais si nous regardons combien l'esprit des gens est tombé dans les ténèbres, la multitude de familles séparées et les troubles qui éclatent dans le monde, nous comprenons que nous sommes en guerre, une guerre permanente, de chaque jour et de chaque heure qui, aujourd'hui, fait des centaines de millions de victimes. Et si nous acquérons cette conscience, la première chose que nous comprenons, et peut-être la plus importante dans nos vies est que l'on doit, selon l'exhortation du Saint Apôtre Paul, nous revêtir de l'armure complète de Dieu et aller à la bataille avec courage. Car «la guerre est toujours permanente et exige que les soldats du Christ aient les armes sur eux. Il n'y a pas de jour ou de nuit, même un seul instant, que cette guerre s’arrête; que nous mangions ou dormions, que nous soyons au travail, que nous priions, nous sommes vraiment au milieu de la guerre » (Saint Syméon le Nouveau Théologien).

« Au reste, frères, fortifiez-vous dans le Seigneur, et par sa force toute-puissante. Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir tenir ferme contre les ruses du diable. Car nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants dans les lieux célestes. C'est pourquoi, prenez toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir résister dans le mauvais jour, et tenir ferme après avoir tout surmonté. Tenez donc ferme: ayez à vos reins la vérité pour ceinture; revêtez la cuirasse de la justice ; mettez pour chaussure à vos pieds le zèle que donne l’Évangile de paix; prenez par-dessus tout cela le bouclier de la foi, avec lequel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du malin; prenez aussi le casque du salut, et l'épée de l'Esprit, qui est la parole de Dieu. Faites en tout temps par l'Esprit toutes sortes de prières et de supplications. Veillez à cela avec une entière persévérance, et priez pour tous les saints (Ephésiens 6, 10-18) ».

Si nous suivons ces paroles de près, nous remarquons que Saint Apôtre Paul ne fait pas seulement une référence métaphorique à la guerre et aux armes devant être utilisés. On voit que chaque arme est destinée à un usage spécifique dans la guerre que l'on mène. Mais de l'arsenal habituel d'un soldat romain de l'époque  il manque la lance. Pourquoi? Précisément parce que la lance n'est pas une arme de défense, mais une arme d'attaque. Et cela nous fait comprendre que le chrétien n'est pas appelé à mener un combat offensif, selon les règles de la guerre classique,  car la victoire pour un chrétien est de se tenir contre le mal, de résister au mal, de se délimiter du mal, en montrant ainsi sa volonté d'être avec le Christ, en Christ, Qui peut ainsi surmonter cette guerre par et en nous. Car, en effet, c'est le Christ qui est victorieux.

La victoire appartient déjà au Christ. Les chrétiens doivent simplement se revêtir de l'armure complète du Christ et assumer – par leur ascèse, par leur choix – cette victoire. Ce que les témoins des prisons communistes nous ont montré. Ils n'ont fait qu’opposer résistance au Mal du dehors et dans leur cœur, en luttant selon leur pouvoir et leurs forces pour s'en dissocier complètement et catégoriquement. Et là, le Christ  brillait victorieux dans chacun d'eux.

«Dans la guerre, on ne combat pas seul »

Beaucoup se demandent « Quelle devrait être l'implication des chrétiens dans la politique? ». La réponse ne peut être autre que ce celle donnée par le saint Apôtre Paul : le chrétien participe à la vie politique par son ascèse ! Bien sûr, cela ne signifie pas abandonner son rôle du citoyen dans la vie de la cité. Certes, cela nous paraît banal. Mais cette ascèse (qui commence et se termine par la prière) doit être vécue de la manière la plus concrète possible et tout d'abord dans le combat contre les passions.

« Les ascètes sont les seuls missionnaires de l'Orthodoxie », dit Saint Justin Popovitch. « L'ascèse est la seule école missionnaire. L'Orthodoxie signifie vie et effort ascétique et seulement à travers eux on peut transmettre et accomplir la mission. La vie ascétique devrait être la mission intérieure de l’Église parmi le peuple ». 

Qu'entendons-nous par là? Que pouvons-nous faire concrètement?

Tout d'abord, se battre tous les jours pour élever nos cœurs et pensées de plus en plus vers Dieu. À travers la prière, la lecture de l'Évangile ou des vies des saints, de leurs enseignements. Ensuite, là où nous sommes et quoi que nous fassions, dire tout simplement une prière très courte, telle que «Seigneur aie pitié!», ou «Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi!" ou toute autre prière dédiée à la Mère de Dieu ou à un saint que nous aimons. Gardons notre conscience pure afin que nous puissions communier dignement au Très Précieux Corps et Sang du Christ, en nous confessant le plus souvent possible. Et en ce qui concerne les soucis de tous les jours, n'hésitons pas de les confier au Seigneur dans la prière, car nous voyons qu'Il peut résoudre nos problèmes plus rapidement, surtout parce que nous n’y pensons pas de manière obsessive. Cette éducation, cette ascèse personnelle est essentielle, mais personne ne combat seul dans la guerre. Depuis le début, les gens se sont rassemblés pour se défendre contre l'ennemi commun. D'abord en groupes de moins de quelques dizaines de personnes pour atteindre des armées de milliers et dizaines de milliers. Les chrétiens des premiers siècles le faisaient aussi. Partout, en petits ou grands groupes, ils se réunissaient pour prier ensemble le Seigneur.

Cela dit, nous pensons qu'il est temps d'assumer la condition de soldats du Christ d'une manière organisée, avec une stratégie, de la cohérence et de la fiabilité. Ainsi, en cas de besoin, sur un avertissement, nous pouvons nous rassembler en prière pour combattre de manière organisée à fin d'attendre la victoire.

«Là où deux ou trois sont réunis en mon nom ...» (Matthieu 18,20)

Comment accomplir cette parole du Christ dans le monde où, bien que nous puissions courir à une très grande vitesse, la manque du temps et le trafic urbain nous empêchent de nous rencontrer et de nous rassembler dans la prière? La solution que nous avons trouvée avec l'aide de Dieu, inspirée par les confesseurs de la foi dans les prisons communistes, est la « veillée de prière » sans cesse, toute la nuit, que nous avons présentée dans l'interview paru dans le numéro 67 (août 2014) de la revue « La Famille orthodoxe ».

Il s'agit de la création d'un groupe de prière, avec des membres plus ou moins nombreux, qui, réunis autour d'un père spirituel, prient sans cesse toute la nuit ; chacun prend le relais dans cette chaîne de prière deux, trois heures par semaine ou plus, en fonction du temps et l’inspiration dont il dispose. Ces groupes de prière peuvent être considérés comme les "unités de combat spirituel" de nos jours. Cette prière, ce lien d'unité dans la prière ne peut pas nous être confisqué par qui que ce soit sauf dans le cas où nous nous désistons nous mêmes.

Pensez au fait que dans toutes les villes du pays soient mis en place des telles « veillées de prière » et tous les membres de ces groupes de prières, tous ces soldats du Christ se connaissent et aient un lien entre eux, à travers les coordinateurs de groupe. Le résultat ne serait-il pas vu comme une vraie armée du Christ, qui a des dizaines ou des centaines de pelotons et des dizaines de milliers de combattants? Ainsi, dans les moments critiques de la vie de notre pays, cette prière en commun, où tous ceux qui sont impliqués prient pour la même chose, sera cruciale. Aussi, lorsque quelqu'un se soulèvera contre nous, chrétiens, nous pourrons parler à Dieu, tous ensemble, de cet ennemi commun ; pareillement, nous pourrons prier Dieu pour nos représentants au plan socio-politique, ceux qui luttent pour défendre notre dignité et notre conscience chrétienne dans la société. 
Notre Seigneur Jésus-Christ nous exhorte à cela: « Je vous dis encore que, si deux d'entre vous s'accordent sur la terre pour demander une chose quelconque, elle leur sera accordée par mon Père qui est dans les cieux. Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux » (Matthieu, 18, 19-20). Si cela vaut pour deux ou trois, combien fois de plus la prière de milliers des personnes se prosternant pour le même but sera-t-elle entendue ? Ou bien si dix mille prêtres prient lors de la Proscomédie pour la même personne ? 


Nous pensons que cela est vraiment la meilleure voie pour pouvoir nous défendre et mener la guerre présente, qui sera de plus en plus difficile. Pour s'organiser dans des « veillées de prière », nous n'avons pas besoin ni d'argent, ni des médias, ni de lobby ou de la publicité. Tout ce dont nous avons besoin est la foi en Dieu, une foi vivante dans l'ascèse et l'esprit de sacrifice. Si maintenant nous ne sommes pas capables d'un si petit sacrifice, serons-nous plus tard en mesure de confesser le Christ en renonçant à tout, même à notre liberté et à notre vie?

Nous espérons que notre message atteindra non seulement les orthodoxes roumains dans notre pays ou dans la diaspora, mais aussi les orthodoxes de tout autre pays et nation, là où l'Orthodoxie vit grâce à ses confesseurs. Lorsque les orthodoxes du monde entier s'organiseront pour prier ensemble pour des demandes communes dans le cadre de la « veillé de prière », lorsque des jours de jeûne et des prières seront faits en commun pour l'arrêt des persécutions contre les chrétiens en Syrie ou Irak, par exemple, le cours de l'histoire sera autre. Nous pensons que ceci doit être notre témoignage chrétien aux temps dans lesquels nous vivons, en se rendant compte que cette guerre globale menée contre l'humanité n'est pas autre chose que le combat du Mal pour s'emparer du monde, pour l'éloigner du Christ. Car le prince des ténèbres de ce monde sait très bien que nous sommes très puissants, dans le Christ.